Ciergnon (Houyet) · 1850 à 1870

Infrastructure et organisation de l’école communale à Ciergnon au 19e siècle (1850-1870)

Six bancs pour cinquante élèves qui écrivent en même temps, un poêle hors d’usage, et un conseil communal qui freine des quatre fers. Comment un village pauvre de Famenne a fini par se payer une école neuve à 20 500 francs, et ce qu’on y faisait de huit heures du matin à quatre heures de l’après-midi.

Il y a une école communale à Ciergnon au milieu du 19e siècle. Contrairement aux idées reçues, elle est mixte comme la plupart des écoles primaires rurales de l’époque. C’est la pauvreté, le manque de moyens qui expliquent cette coexistence des filles et des garçons dans le même local, situation qui nous paraîtrait naturelle de nos jours.

La plupart des parents font scolariser leurs enfants gratuitement parce qu’ils sont reconnus comme indigents. Une mention figure d’ailleurs dans les dossiers individuels des élèves à ce sujet. L’instruction de cette majorité d’enfants pauvres coûte à la commune environ 60 francs par an (part mobile du traitement de l’instituteur, sans compter les livres et la papeterie nécessaire aux exercices de la classe (à peu près 20 francs sur l’année).

L’année 1850 même, l’école semble avoir reçu le soin d’un ameublement, commandé à un artisan du village, et d’un équipement convenable.

En 1861, on s’en plaint pourtant : Il n’y a que 6 bancs pupitres de 2 mètres 60 de long alors qu’il y a 50 élèves qui doivent écrire en même temps. Pour satisfaire aux besoins urgents, il faudrait au moins deux bancs pupitres en plus. Le poêle et ses accessoires ne peuvent plus servir et sont trop vétustes. Il n’y a pas de bac à charbon et il serait utile d’avoir une estrade pour l’instituteur. Il y a deux tableaux noirs, mais la collection des poids et mesures n’est pas complète et vue comme inutile. Des voix insistent pour la construction d’une nouvelles école à Ciergnon, mais « la dépense serait trop considérable attendu que la commune ne possède aucune ressource et qu’elle peut à peine faire face à ses frais ordinaires. » Le conseil freine des quatre fers. Il ose même prétendre que l’école «  est déjà trop spacieuse puisque tout au plus 25 à 30 élèves la fréquentent. »

En 1864, la commune fait tout de même le pari de l’avenir et prend son courage à deux mains. Elle demande l’autorisation de construire une maison d’école couplée avec un logement pour l’instituteur. Le devis des travaux s’élève à 19.119 francs.

Le 3 mai 1866, 4 entrepreneurs rendent une offre. Maximilien Baily, entrepreneur à Beauraing, emporte finalement le chantier pour une valeur de 20.500 francs. La commune peut apporter en propre 4000 francs (une souscription volontaire à 764 francs, des prestations en nature à 236 francs, la vente de l’ancienne école et d’une petite maison appartenant à la commune, le tout à 3000 francs) mais supplie l’autorité supérieure d’obtenir des subsides. Dieudonné Bodart, de Vignée sur la commune de Villers-sur-Lesse, est nommé comme surveillant des travaux à effectuer.

Au printemps de 1867, Maximilien Baily demande l’autorisation d’extraire de la terre pour faire des briques nécessaires à la construction sur une petite parcelle de terrain communal. La commune accepte, mais lui demande de réparer le petit pont en ruine établi sur le ruisseau voisin du terrain. Il s’agit du ruisseau de Fenffe à l’ouest du village.

En mars 1868, alors que les travaux sont dans leur dernière phase, Maximilien Baily souhaite obtenir les sommes qui lui sont dues : 16.154 francs au total, déduction faite des honoraires de l’architecte provincial. Il n’a reçu alors que la somme correspondant aux subsides de la province, 5.600 francs, en 3 fois, les 25 mai, 13 juillet et 10 septembre 1867. La commune lui doit encore 10.554 francs et elle ne voit pas comment faire, à part emprunter pour honorer ce paiement. L’un ou l’autre donateur participe à cet effort pour satisfaire légitimement l’entrepreneur.

Le docteur Paul Delvaux, par exemple, médecin de la commune, verse une somme de 500 francs en don pour la construction de l’école. C’est finalement un particulier d’une commune voisine qui offre à la commune d’avancer la somme de 5000 francs à titre de prêt au taux d’intérêt annuel de 5 %. Pour garantie, le conseil communal hypothèque un bois communal (dit « des auges ») d’une superficie de 45 hectares. L’entrepreneur ne recevra la dernière tranche des sommes lui étant dues qu’en 1870.

De l’ameublement de la nouvelle école, nous n’apprenons pas grand-chose sinon qu’il est jugé indispensable de placer trois stores au niveau des fenêtres donnant sur le sud.

Au niveau du temps scolaire, un règlement de 1864 nous livre des informations très précises.

Les classes sont ouvertes 11 mois excepté les jours de congé. Les heures de classe d’étendent de 8h à 11h et de 13h à 16h du premier avril au premier novembre. De fin novembre à fin mars, de 8h30 à 11h30 le matin. Les élèves se rendent à l’école au moins dix minutes avant le début des exercices.

Les jours de congé sont les dimanches et fêtes conservées, le jeudi après-midi, le 24 octobre qui est le jour de l’adoration pour la paroisse de Ciergnon, le 2 novembre, le 26 décembre, le 1er janvier, le jour des rois, le lundi de pentecôte, le jour de la fête-Dieu, le 16 décembre (anniversaire de Léopold Ier), le 21 juillet et les lundi et mardi de la fête patronale. Les vacances de Pâques courent du jeudi saint au dimanche après Pâques ; les grandes vacances, du 1er septembre au 1er octobre.

Il existe une école d’adultes dès 1866. Un arrêté royal du 1er septembre en dessine les contours. Il faut avoir au moins 14 ans pour la fréquenter. Pour les hommes, les cours se donnent du premier octobre au 31 mars de 18 à 20 h le lundi, mardi, mercredi et vendredi et pour les autres mois le dimanche de 15 à 17 heures. Pour les femmes, les opportunités de rattraper l’instruction qu’on n’a pas reçue sont beaucoup plus restreintes. Uniquement le dimanche de 15 à 17 heures.

Le mérite est une notion mise à l’honneur dès 1865 à l’école de Ciergnon. Des prix sont distribués aux élèves pour une somme annuelle de 25 francs.

En bref, une école qui présente quelques familiarités avec celles d’aujourd’hui, mais surtout de grosses différences !

Sources. Délibérations du conseil communal de Ciergnon, dossiers d’élèves, règlement scolaire de 1864 et devis d’entreprise.

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